Je suis un fasciné des saunas.
Si je fais abstraction de toutes mes expériences de primaire, puis de collège puis de lycée avec le mec le plus homophobe de l'établissement, ma première réelle expérience eut pour décors un sauna. Non que je me sois engouffré dans un tel établissement la veille de mes 21 ans dans la ferme intention de pouvoir dire "moi aussi !". Non, j'étais trop fleur bleue pour cela et l'existence même de ce type de lieu m'était aussi inconnue que la notion d'ISF chez ma grand mère. Sauf que voilà, quand on loge à l'auberge de jeunesse de Québec et que l'on se retrouve à prendre un verre avec un mec bien entreprenant qui loge dans un sauna, le choix entre les deux décors est vite fait ! (précision pour les non québecophiles : au Québec, certains saunas sont ouverts toute la nuit et on peut même y louer des chambres). Bref, premier sauna = première expérience. Depuis, j'ai eu du mal à éviter ces lieux.
Si l'on essaye d'analyser les choses de manière pragmatique, le sauna est une merveilleuse application du libéralisme du troc. Le moyen de paiement est le produit consommé, le corps et il se trouve, oh bonheur, que chacun en dispose. La qualité (et donc la valeur) du produit est connue immédiatement, étant donnée la tenue, et il est très rare d'être trompé sur la marchandise (au contraire des achats en ligne). Chaque corps a une certaine valeur sur une échelle qui n'est pas du tout universelle, ce qui présente un intérêt et une difficulté. Un intérêt car chaque acteur économique correspondra forcément à un moment à la valeur que recherche un autre acteur, ou en tout cas qu'il pourra s'offrir. Une difficulté car le marché n'est pas, comme dans la réalité économique, fluide et le nombre d'acteurs susceptibles d'être intéressés au moment T dans le lieu L est limité. Il arrive donc souvent que les personnes que j'y rencontre ne correspondent pas à la valeur que je recherche alors que je correspond à ce qu'ils considèrent comme leur valeur référence. En clair, je trouve rarement ce qui me plaît mais je plais souvent à ce que je trouve.
Je dois avouer que j'ai une raison supplémentaire d'apprécier les saunas : c'est là que j'ai trouvé mon cher et tendre il y a 3 ans et demi. Depuis le fameux sauna a brûlé, afin de faire disparaître toute trace de nos anciennes vies de pervers débauchés !
PS : la comparaison avec les théories économiques n'est pas très heureuse ici. Par contre, je demeure persuadé que, dans le cadre de relations amoureuses, on optimise son choix jusqu'à l'obtention d'une valeur marginale nulle (cynisme quand tu nous tiens). Ce sera peut être l'objet d'un prochain post
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